Combien existe-t-il d’ETF durables ?

Dénombrer les ETF durables disponibles sur le marché européen semble simple. En pratique, le résultat dépend entièrement de la définition retenue pour le mot « durable ». Un ETF classé Article 8 sous la réglementation SFDR et un ETF labellisé Greenfin ne répondent pas aux mêmes exigences, et les compter ensemble fausse toute comparaison.

Segmentation réglementaire des ETF durables en Europe

La réglementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) a créé une grille de lecture qui structure l’offre. Trois catégories coexistent, et chacune regroupe un volume très différent de produits.

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Classification SFDR Critère principal Part dans l’offre ETF durable
Article 6 Pas d’objectif durable affiché, simple transparence Majorité des ETF classiques
Article 8 Promotion de caractéristiques ESG Catégorie la plus nombreuse parmi les ETF dits « durables »
Article 9 Objectif d’investissement durable explicite Nombre bien plus restreint

La grande majorité des ETF étiquetés durables se classent en Article 8. Cette catégorie reste large : elle inclut aussi bien des fonds qui excluent quelques secteurs controversés que des fonds appliquant un scoring ESG best-in-class sans exclure les énergies fossiles.

Les ETF Article 9 représentent une fraction minoritaire de l’offre, car ils doivent démontrer un objectif durable mesurable. Plusieurs émetteurs ont d’ailleurs reclassé leurs fonds d’Article 9 vers Article 8 ces dernières années, faute de pouvoir justifier les exigences plus strictes.

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Conseiller financier présentant un tableau de bord ESG sur les ETF durables dans une salle de conférence

ETF ESG best-in-class et ETF à exclusions strictes : deux façons de compter

Au-delà de la classification réglementaire, une autre ligne de partage change radicalement le décompte. Les approches de sélection des entreprises ne se valent pas.

  • Les ETF ESG « best-in-class » conservent un univers d’investissement large. Ils surpondèrent les entreprises les mieux notées dans chaque secteur, y compris l’énergie fossile. Le portefeuille ressemble encore beaucoup à un indice classique comme le MSCI World.
  • Les ETF à exclusions sectorielles strictes retirent des pans entiers de l’économie (charbon, pétrole, armement, tabac). L’univers d’investissement se réduit nettement, et la composition du portefeuille s’écarte davantage de l’indice de référence.
  • Les ETF alignés sur l’Accord de Paris (Paris-Aligned Benchmarks) ajoutent une trajectoire de décarbonation mesurée année après année. Leur méthodologie est la plus contraignante du spectre.

Compter tous les ETF best-in-class comme « durables » gonfle le total de façon significative. Un investisseur qui cherche un réel alignement environnemental ne retient que les fonds à exclusions fortes ou alignés sur des benchmarks climatiques, ce qui divise l’offre disponible.

Indices MSCI et déclinaisons durables

MSCI propose plusieurs familles d’indices intégrant des critères ESG. Le MSCI World ESG Leaders, le MSCI World SRI et le MSCI World Climate Paris Aligned sont trois indices distincts, chacun répliqué par plusieurs émetteurs comme Amundi ou iShares. Un même indice peut donner lieu à plusieurs ETF concurrents, en réplication physique ou synthétique, éligibles ou non au PEA, avec des frais de gestion différents.

Cette multiplication mécanique explique pourquoi le nombre brut d’ETF durables dépasse largement le nombre de stratégies réellement distinctes. Beaucoup d’ETF durables répliquent les mêmes indices sous des enveloppes différentes.

Croissance de l’offre ETF durable sur les marchés européens

Le marché européen des ETF a atteint des niveaux de collecte records ces dernières années. Les stratégies durables ont contribué à cette dynamique, avec une augmentation régulière du nombre de fonds lancés chaque année par les principaux émetteurs.

En revanche, cette croissance n’est pas uniforme. Les ETF thématiques (énergies renouvelables, hydrogène, eau) ont connu des phases de lancement rapide suivies de consolidations. Certains fonds à encours trop faibles ont été fusionnés ou liquidés, ce qui tempère le chiffre brut de l’offre.

Le nombre net d’ETF durables disponibles en bourse européenne augmente, mais moins vite que le rythme des lancements ne le laisse penser. Les fermetures et reclassifications réglementaires freinent la progression.

Mains tenant une tablette affichant une liste d'ETF durables et de fonds verts dans un bureau à domicile minimaliste

Émetteurs principaux et gammes durables

Amundi, iShares (BlackRock), Xtrackers (DWS) et BNP Paribas figurent parmi les émetteurs qui proposent les gammes durables les plus étoffées sur les marchés européens. Chacun décline ses produits sur plusieurs zones géographiques (Europe, World, marchés émergents) et plusieurs niveaux d’exigence ESG.

Pour un investisseur français, l’éligibilité au PEA ou à l’assurance vie reste un critère de sélection déterminant. Seule une partie des ETF durables UCITS est accessible via ces enveloppes fiscales, ce qui réduit encore le choix effectif.

Pourquoi le chiffre exact d’ETF durables reste flou

Trois facteurs rendent tout décompte définitif fragile :

  • La définition même de « durable » n’est pas stabilisée. Un ETF Article 8 avec un léger filtre ESG et un ETF Greenfin à exclusions strictes figurent dans la même catégorie marketing, mais pas dans la même réalité d’investissement.
  • Les reclassifications SFDR sont fréquentes. Un fonds peut passer d’Article 9 à Article 8 d’un trimestre à l’autre, modifiant le périmètre sans que le produit lui-même change de stratégie.
  • Les lancements et fermetures de fonds se poursuivent. Le solde net varie chaque mois, rendant tout chiffre obsolète rapidement.

Les bases de données spécialisées (justETF, extraETF, Morningstar) appliquent leurs propres filtres et ne s’accordent pas sur le périmètre. Le total varie de plusieurs centaines de fonds selon la source consultée.

Le décompte des ETF durables n’a de sens qu’en précisant trois paramètres : la zone géographique couverte par la base de données, la classification réglementaire retenue (Article 8, Article 9, ou label spécifique) et la date de consultation. Sans ces trois filtres, tout chiffre avancé reflète davantage un choix méthodologique qu’une réalité de marché.

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